Interview Bernard Lamon – RTBF – Gaza : les réseaux sociaux font désormais partie de l’arsenal militaire

19 Nov 2012 Interview Bernard Lamon – RTBF – Gaza : les réseaux sociaux font désormais partie de l’arsenal militaire

(Cet article a été publié il y a 6 ans.)

Interview de Bernard Lamon pour la RTBF

« Tirs de mortier, roquettes et frappes aériennes constituaient l’arsenal militaire « historique » du conflit israélo-palestinien. Depuis la nouvelle vague de raids sur la bande de Gaza initiée ce mercredi, la guerre entre les deux camps fait aussi plus que jamais rage sur les réseaux sociaux.
Les guerres existaient avant les réseaux sociaux, mais pas comme cela. Tsahal, l’armée de défense d’Israël, semble maîtriser les codes des réseaux sociaux et rien n’est laissé au hasard malgré une absence manifeste de modération, comme peuvent en témoigner de nombreux commentaires comme celui-ci.
Outre le blog des forces de défense israéliennes (IDF), le réseau Tumblr leur permet de diffuser des annonces, des explications, des vidéos et des photos de leurs actions. Un compte YouTube relaye quant à lui des dizaines de vidéos d’attaques et d’explications.
Mais ce sont les contenus publiés sur leurs comptes Facebook (près de 240 000 personnes « aiment » à l’heure de la rédaction de cet article) et Twitter qui semblent les plus suivis, aimés, commentés et partagés. Créés en plusieurs langues, notamment en français, ces comptes sont utilisés par l’armée pour informer de ses objectifs et de ses actions en temps réel. C’est d’ailleurs via un tweet que l’IDF a confirmé le début de ses attaques, avant même de tenir une conférence de presse.

« Ahmed al-Djaafari: éliminé« : l’appel à la haine ?

Mercredi, c’est avec un tweet de trois mots qu’elle a annoncé la mort du chef militaire du Hamas, la phrase « Ahmed al-Djaafari: éliminé » surmontant une photo de l’intéressé, visage fermé sur fond rouge sang, barrée d’un « éliminé » imprimé à la manière d’un gros coup de tampon, à côté d’un rappel des crimes qui lui sont imputés par Israël.
Cette photo a clairement été diffusée pour être retweetée -partagée sur Twitter- à l’envi. Sur Facebook, le commentaire accompagnant cette photo ne laisse aucun doute: « Nous recommandons qu’aucun membre du Hamas, quel qu’il soit, ne montre son visage dans les jours à venir« . Cette « recommandation », Bernard Lamon, avocat français spécialiste des technologies de l’information contacté par la RTBF, il la lit plutôt comme une menace ou comme une démonstration de « guerre psychologique« . « Sur le plan juridique, si c’est une menace au sens strict, ça pose question« .
Twitter impose théoriquement des règles pour lutter contre « les menaces spécifiques et directes de violence« , mais les deux camps ont pu user de tels procédés sans opposition. Twitter pourrait choisir de supprimer les comptes de l’IDF, précise Bernard Lamon. Mais ça parait compliqué, selon lui, vu l’absence d’autorité judiciaire réellement compétente. « Quelle est l’autorité qui va dire que par rapport à la loi israélienne, ce contenu est illégal ? Probablement pas un juge israélien« , juge-t-il. La fermeture de ce compte Twitter est donc très théorique.
Quelle liberté d’expression ?
Un tel échange soulève pour les nouveaux médias la question des limites de la liberté d’expression sur internet, et les place pour beaucoup d’entre eux à une situation inédite.
La publication par Israël sur YouTube de la frappe contre la voiture transportant Djaafari a été critiquée par certains internautes. « Le problème, c’est que si nous ne diffusons pas ça, un autre le fera. Comment peut-on supprimer tout ça ?« , s’interrogeait récemment Eric Schmidt, le président de Google, lors d’un séminaire à Los Angeles.
Tsahal joue à fond la viralité propre aux réseaux sociaux: il faut que l’information, ou la propagande selon le point de vue, circule vite et que l’émotion joue à plein.
« Ils sont très conscients de la manière dont les choses vont être perçues, et ce d’autant qu’ils sont de plus en plus isolés dans l’opinion publique mondiale, et moins soutenus par celle des Etats-Unis« , note James Noyes, chercheur à la Hoover Institution.
Les Palestiniens et le #terrorisme
Les organisations palestiniennes ne sont pas en reste. Les Brigades al Kassam, autrefois dirigées par Ahmed al-Djaafari, offrent sur Twitter un compte-rendu en direct des tirs effectués contre Israël. Avec comme mot-clé #terrorisme, elle évoque les enfants palestiniens tués par les raids de Tsahal.
Les deux camps se répondent coup par coup sur la Toile. « Nous recommandons à tous les militants du Hamas, quel que soit leur rang, de garder la face contre terre dans les jours qui viennent« , poste @IDFspokesperson.
A quoi @AlqassamBrigade répond immédiatement que « les mains bénies (des membres des brigades) atteindront vos dirigeants et vos soldats où qu’ils se trouvent« .
Et si les responsables militaires veillent à soigner leur communication sur les réseaux sociaux, les soldats s’y mettent également. Moins sérieux, on retrouve un bon nombre de photos postées sur le réseau Instagram, posant seuls ou en groupe. »
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Anne-Hélène Hamonic
Anne-Hélène Hamonic
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